Marine Lanier développe depuis plusieurs années une œuvre photographique au seuil du réel où la fiction, le mythe et une certaine forme de symbolisme nourrissent un imaginaire visuel à la troublante puissance d’évocation. Nos Feux nous appartiennent (2007-2016), Le Soleil des loups (2018), Les Contrebandiers (2020) : ces « titres-images », donnent la mesure du caractère épique des « fables documentaires » façonnées par Marine Lanier. La nature, notre relation au vivant, au primitif, au sauvage, sans oublier son regard porté sur des existences et des communautés humaines en marge constituent le cœur de ses projets au long cours.
Elle puise ainsi dans son histoire familiale – une arrière-grand-mère aveugle avide de récits imagés et un arrière-grand-père capitaine qui n’a jamais navigué – mais également dans la littérature de voyage que celle-ci soit purement imaginaire, intérieure ou relatant des récits sensibles de découvertes de territoires naturels impressionnants, à l’instar de ceux de Jack London, de Henry David Thoreau, de Joseph Conrad, de Jules Verne, parmi d’autres. Détachée de tout idéal de réalisme documentaire, Marine Lanier élabore une iconographie personnelle à l’esthétique radicale. Les jeux de décadrages, les gros plans, les portraits sous filtres monochromes, les lumières irradiantes et les clairs obscurs mystérieux composent d’authentiques visions oniriques au potentiel narratif. Ces images sont aujourd’hui inséparables du travail d’écriture que l’artiste réalise en parallèle ou au départ de ses “photo-fictions”(...) Damarice Amao, 2023